Nouveau témoignage bouleversant d’un ancien militaire

 

L’ancien militaire qui m’avait transmis son premier texte a eu envie de nous en dire un peu plus. Je l’en remercie encore vivement. Parler de tous ses terribles souvenirs n’est pas chose aisée…cela dit, comme je lui disais écrire ou en parler, vous libère. Le pire serait de tout garder pour soi. Je pense aussi que la société « ronflante » devrait de temps à autre être réveillée et sensibilisée sur les sujets qui la concernent (et pas seulement quand des attentats lui explosent à la figure).

Excellente lecture HFS.

 

CCH1 André, volontaire au service de la paix des forces de l’ONU, FORPRONU Ex-Yougoslavie, 403e bataillon de soutien logistique.

 

 J’étais volontaire, d’abord soldat. Je me suis engagé en tant que EVAE  (engagé volontaire actions extérieures) pour servir dans les pays des Balkans. Si jeune et si audacieux, j’étais tellement fier d’appartenir à cette force. J’ai donc signé et quitté tous les miens. Mon frère que je n’ai pas pu voir grandir. Ma mère, malade du cœur. Je me souviens d’être rentré à la maison pour ma dernière permission. La veille de mon départ, j’étais avec ma mère. Je l’ai embrassée et l’ai serrée dans mes bras. Elle avait des larmes plein les yeux et m’a dit des trémolos dans la voix « Va mon fils, va rejoindre tes frères d’armes comme tu les appelles…va mais reviens-moi en un seul morceau ! ».

 

Je n’avais que 18 ans et me voilà envolé pour ce pays en guerre où femmes, enfants, vieillards, vieillardes meurent tous les jours. Un pays où le froid te déchire la peau ! Un pays où les sentiers sont barrés de chaînes de mines! Mais nous voici donc au service de la paix… exposés au beau milieu de trois ethnies se menant une guerre à mort.  Nous tenions le rôle de bouclier mais nous étions de « temps en temps » aussi les cibles de « balles perdues ».                                                          

Puis est arrivée la première mission. Nous voilà partis, fins prêts, à affronter tous les obstacles, le froid, les routes glissantes, et surtout minées. Dans les véhicules, ça causait parfois…ça rigolait aussi quand ça ne vomissait pas. La peur était bien présente, on fumait clope sur clope. Sur moi, tout paraissait lourd, mon casque, le kevlar…je n’arrêtais pas de transpirer. Je ne sais pas si c’était des sueurs froides mais je savais que les snipers attendaient dans leurs tranchées. Ils étaient là tapis à attendre notre passage ou celui des habitants désespérés.

 

Ces mecs-là ne faisaient pas dans le détail, ils tiraient partout. Partout des balles sifflaient sur les tôles de nos véhicules. Je pense en particulier à l’épisode des montagnes. Nos véhicules y progressaient péniblement tout était blanc…on avançait kilomètre après kilomètre et nous avons été stoppés net par des obus. Des obus tombèrent, des balles fusèrent, nous étions bloqués ici. Le plus terrible, le froid ! Ce froid infernal qui colle à la peau. On entendait des bribes de la radio et mon camarade à côté de moi me demandait « Qu’est-ce qu’on fout ici, ce n’est pas notre guerre. ». Ça tirait de partout et lui me répétait « la radio, la radio…écoute la radio. ». J’écoutais à défaut d’autre chose en me demandant si tout ce cirque allait bientôt s’arrêter. Puis silence total, même la radio ne bronchait plus. « Bon  sang, faites qu’ils aillent bien ! » ai-je pensé. Malheureusement, j’ai entendu à ce moment-là que deux des miens, deux de mes camarades y étaient restés…

       

Ça m’a fait repenser à ma mère, à ses paroles avant mon départ. Je voulais lui revenir entier. J’ai alors regardé de tous les côtés, cherchant désespérément du coin de l’œil tous mes frères d’armes. Devant, derrière, Dieu merci, eux ils allaient bien.  Puis encore cette fichue radio « le VAB, le VAB (véhicule avant blindé) » criait le chef de groupe. On s’est sortis de ce bourbier, et je me suis dit que j’ai eu un de ces pots…j’aurais pu y rester moi aussi.

               

Cette mission qui devait ne durer que 48 heures, dura pas moins d’une semaine. Je peux juste vous dire que j’y ai laissé mon cœur. Là-bas, dans ces montagnes blanches de neige, dans les pays des Balkans. J’y ai découvert la misère des gens. J’y ai appris à connaître la mort et pas celle dans son lit. Des jeunes femmes, des enfants, je les ai vus mourir et je ne pouvais rien faire. Enfin, nous ne pouvions rien faire, nous aurions mis gravement nos vies en péril, nous étions aussi et surtout responsables de celles de nos camarades.

 

J’aimerais dédier une pensée émue à tous mes frères d’armes qui n’ont pas pu rentrer chez eux. Aux soldats ayant laissé derrière eux femmes, enfants, parents. Ils ne vivent plus que dans mes souvenirs mais ils resteront à jamais dans  mes pensées. J’ai été comme eux et témoin de leur douleur, de leur crainte, de leur désespoir. J’espère en mon for intérieur, que tout ne s’arrête pas ici-bas et qu’ils ont trouvé refuge dans l’au-delà. 

Il y a tant de peuples, nous sommes tous différents mais nous n’avons qu’une seule planète. Pourtant nous vivons dans un monde divisé et le soleil nous a quittés pour prendre retraite en enfer.

 

  Bonus une « war song » pour les vétérans:

Pour public averti: