Mon premier café des poètes

Le vendredi 15 mai 2015, à partir de 18H 15, je participais à l’événement du « café des poètes ». Comme ce fut une première voici mes  commentaires et une série de poèmes écrits pour l’occasion.

L’atmosphère était vraiment décontractée, et gaillarde.  A tout âge, on peut aimer la poésie et en effet toutes les générations étaient représentées.

En première partie le poète-cycliste Laurent Bayart dont je reparlerai, nous a lu quelques extraits de son nouveau livre A pleins poumons  le tout agrémenté d’anecdotes délicieuses et pleines d’humour. Je dois vous avouer que j’étais sceptique au début car je suis très exigent en poésie… je tolère et apprécie certains amateurs qui se font plaisir mais j’ai toujours quelques doutes envers ceux qui exercent le « métier » de poète… ces tisseurs orfèvres de vers à rimes ou de prose exaltée, je les croyais tous disparus.

Néanmoins comme je l’écrivais à Laurent Bayart, j’ai retrouvé chez lui une simplicité, une authenticité, et une honnêteté rafraîchissante qui sent bon les romans de Pagnol. Ce n’est certes pas Baudelaire mais cet homme vrai et sympathique m’a vraiment troublé. Sa poésie est une poésie que je qualifierai « de la belle vie », autrement dit qui nous démontre à quel point on peut s’enivrer de plaisirs simples et à quel point le bonheur avec un petit b est à portée de la main. Si je parle de bonheur avec un petit b, c’est parce que je le distingue du Bonheur absolu et infini, qui nous est peut-être promis dans l’Au-delà. Sans chercher à s’envoler trop loin, celui avec un petit b n’est pas mal non plus.  Je referai un article sur l’œuvre de Laurent.

La deuxième partie fut un très égayant tour de table où chacun (moi y compris) avait pu lire ses poèmes au micro ou simplement des poèmes d’auteurs nous tenant à cœur (certains récitaient même leurs textes sans fiches). C’était là aussi très intéressant, il y eut des gens merveilleux que j’espère vivement retrouver aux prochaines sessions. Quant à moi eh bien, j’ai lu un petit poème innocent intitulé « café-poème » pour ne pas jeter un froid dans cette ambiance si chaleureuse mais j’en avais d’autres moins innocents  ou plus émouvants sous le coude. Cet article sera l’occasion de les faire partager. Vous les trouverez sous l’affiche.

Je termine donc en vous conseillant de tout cœur cet événement vraiment extra ! Et en remerciant encore tous les participants ainsi que l’organisatrice Marie Otmesguine. 

 

HFS

 

cafe-des-poetes-15-mai

 

 Pour une meilleure vue : CdP-15-5-15_doc

 

Au Naturel

Au Naturel je retrouve l’essentiel,

L’essence du Ciel.

Oubliant un monde con, incongru et cruel,

Je suis moi-même.

Au Naturel je vois la vie vraie,

Sans ombres mortelles.

Quelle est belle ! Elle me plait !

Dans ma mémoire je dénombre les décombres

C’est le gros bordel…de sombres blessures.

Besoin harassant d’un changement qui dure.

Besoin criant d’un rangement c’est sûr.

De me ranger du bon côté.

Je suis blessé d’être pressé,

Oppressé d’artificiel mais je m’en fuis

Au Naturel…

Je n’ai rien à écrire, je n’ai rien à dire,

Je peux mourir, je suis sourire, j’ai envie de repartir

Au Naturel.

Quand j’y pense, j’y suis.

Quand j’y songe, je replonge.

J’y suis, j’y reste sans penser au reste.

Voyageur immobile, mon esprit volatil

S’annihile du monde pour une idylle.  

 

Le chien

Toi le chien, toi le cabot, qui l’a aimé

Comme un chien aime un enfant

Comme un chien fidèle, comme un copain.

Toi le canin qui accepta les câlins d’un bambin

D’un bambin sans copains, d’un p’tit gamin.

Tu as guéri son cœur meurtri, hommage à toi

Brave bête, tu es honnête.

Quel est ce monde où les chiens valent mieux les Hommes ?

Quel est ce monde où les chiens valent mieux que personne ?

Une vie de chien ?

Ah j’aimerais bien !

Une vie d’Homme ?

Ce n’est pas fait pour les chiens…

Mais pour les requins assoiffés par l’odeur du sang

Par l’odeur de l’argent, qui n’a pas d’odeur

Ah que d’horreurs hypocrites, je pleins les requins.

Le poisson pourrit par la tête,

Vieil adage de Chine

Anagramme de chien et de niche…

Et tout le monde s’en fiche…

Alors à la niche !

On rongera nos os et notre frein.

Ô toi le chien meilleur qu’un Homme,

Brise donc ta laisse.

Brise donc ta chaîne,

Où nichent les haines…

Les haines trop humaines.

 

 Jacques Brel

L’Homme dans la cité c’était toi,

Jacques.

C’était toi  rayonnant Jacques.

La lumière de toi a jailli.

Quand je t’entends Jacques,

Je suis un enfant.

Un refrain de toi, un mot, presque rien

Je me sens bien,

Jacques,

Ce monde est-il fait pour accueillir

Un homme tel que toi ?

Un roi de cœur à l’accent bruxellois,

Jacques.

Un dieu vivant, un dieu riant,

Jacques.

De ton sourire

Je tremble encore.

De ta voix Jacques,

Je ne peux pas…je ne peux pas empêcher

Une larme de perler.

Je t’écoute et tu m’instruis.

Toi qui es mort avant que  je n’ose vivre.

De mes petits vingt-cinq printemps,

Je ne suis qu’un tout-petit pour cette vie

« Au printemps » 58 je n’étais pas né.

Jacques Brel ta tendresse est cruelle,

Elle me tue de sa vertu,

Mais pour mieux renaître.

J’en ressors grandi,

J’en ressors en géant mais je suis tout petit.

Jacques, Jacques je t’aime tant,

Entre les tours de Bruges et Gand.

Jacques, Jacques frère Jacques,

On n’oublie rien, de rien,

On s’habitue de ton absence,

Et ce n’est pas tout monsieur,

Car pour ces gens-là

Vous êtes tout monsieur !

Vous êtes un artiste!

Faut vous dire monsieur,

Comme on vous aime monsieur.

Ils marchent en silence,

Les désespérés de votre absence.

Ils pleurent votre prénom comme de jeunes mariés,

Ils fondent en silence… vous leur manquez.

Que se lève celui qui leur jette la pierre,

Il ne connaît de Brel qu’un succès fredonné…

Une variété, une gaieté, une lueur, un petit rayon,

De ce cœur brûlant plus fort que l’amour.

Une étoile brillante, étincelante de vie,  

Qui nous guide pèlerins jusque hors de l’ennui.

 Jacques, Jacques dans l’infini

 Attends mon âme, je t’en prie,

Oui,  je te rencontrerai

Si je daigne le mériter,

Oui, au Ciel je te rejoindrai,

Si Dieu me pardonne mes conneries.

Saint-Jacques, t’en fais pas j’ai la clef du succès:

Je ne m’agenouillerai jamais devant tout l’or d’un seigneur

Mais

Toujours pour cueillir une fleur…

Promis c’est juré, je serai fier et noble comme un soir d’été.

Je sais, oui je sais, que tu riras dans l’une d’elle,

Le petit Prince m’a dit,

Que les fleurs riaient aussi.

Un jour je serai vieux et tremblant alors je te crierai:

JACQUES, JACQUES, OUVRE-MOI TES BRAS

J’ARRIVE ! J’ARRIVE !

 

 

La société du spectacle

La société du paraître et du non-être

Nous fait naître emprisonnés,

Dans un théâtre de marionnettes aseptisé.

Tout au ras des pâquerettes,

Une grande saynète qui met sur la sellette,

Les esprits trop honnêtes.

Poètes vos papiers chantait le vieux Ferré.

Dans ce monde affairiste endimanché,

Les mallettes des vilains filent de mains en mains.

Toutes les messes basses restent secrètes.

Tout le monde végète devant sa p’tite tablette.

Toutes vos pirouettes pour des cacahuètes.

Arrêtons ces sornettes !

Sur le fil coupons nos fils de marionnettes !

Reprenons un peu les manettes,

Pour ne pas finir aux oubliettes.

Je crierai  à tue-tête,

Honneur à vous les trouble-fêtes .

Brisez un peu ce spectacle,

Pour une quête de liberté,

Du monde de l’être retrouvé.

Sans paillettes sans fausseté,

Sans contrefaçons éprouvées,

Sans hiérarchie sans infamies,

Sans disettes, sans étiquettes.

Eternel monde de bonheur,

Une guinguette venant du cœur,

Une société qui nous respecte,

Sous la bannière du bien commun.

Je le souhaite,

Oh oui, je m’en délecte,

Mais je suis un peu pompette…

Passez-moi la suave rosette,

Referais le monde dans ma tête.

Et je si vois au faîte du ciel une comète,

Mon vœu s’exaucera ptet !

Au fond, c’est pas si bête !

 

Café-poème

Un p’tit café,

Un p’tit poème,

Je veux de la crème,

Dans ma bohème.

Un p’tit café,

Un p’tit poème,

Je suis dans le thème.

De l’encre de chine marquant des rimes,

Un café noir en prime.

Une journée très bien commencée,

Je sens qu’on va bien déconner.

De l’arabica aux arabesques,

Il n’y a qu’un pas, un zeste.

Garçon s’il vous plait,

Un café-poème,

Un  grand cru, en langue verte,

Une pépite qui croque sous la dent,

Et qui en a une contre tous les pédants.

Garçon s’il vous plait un double,

Quand on aime on ne compte pas,

Et moi je vois grand !

Café-poème,

Je t’aime…

-Hé mais il est froid, Garçon !

-Vous rimiez monsieur, eh bien réchauffez maintenant ! 

 

L’intelligence n’est pas raison

L’intelligence n’est pas raison,

L’intelligence n’a pas raison.

Tant limitée par son intelligence,

Et sa logique ne tourne pas rond.

C’est un peu madame,

« Je ne sais que faire de l’invisible »

« Je ne saurais vous dire l’indicible »

« Je ne conçois pas une seconde la perfection »

« Je suis complètement meurtrie face à la l’infini »

Et désarmée ma chère face à la pure beauté.

Cette pauvre faculté moribonde,

Ne sait que calculer,

Sur elle on ne peut pas compter.

Ne lui parlez pas de vivre dans le cœur,

Non, horreur !

Madame ne s’intéresse pas aux désintéressés,

Marâtre qui ne calcule pas, les non-calculateurs.

Le libre-arbitre l’irrite de ses imprévisibles ardeurs.

Parfois cette furie me fait peur,

Et je dis « attention »,

Ne nous prendrait-elle pas un peu pour des cons ?

Ah je sais à quel point nous l’aimons,

Cette précieuse ridicule,

D’une passion brûlante nous la chérissons.

Nous voulons en disposer à profusion,

Flatter cet ego, ce petit moi en fusion.

Moi je vous prône plutôt l’érosion,

Par la grâce d’une capacité bien plus belle,

Par le bonheur d’un don bien plus profond,

Une bonne fée qui porte le doux nom,

D’Imagination.

La brave fille qui voit plus loin.

Ô muse qui opère la magie,

Ô sainte qui ne dissèque pas la vie,

Ô toi qui la sublimes de ses rêveries.

En conclusion : si le cœur et l’imaginaire ne flamboient plus, c’est l’intelligence prêtresse des guerres jamais repues qui nous consumera tôt ou tard l’ami entends-tu ?

Remarque : je ne fustige pas l’esprit scientifique, ni la raison des philosophes mais je me moquais de cette prétendue « intelligence » tacticienne, carrée, pernicieuse, restrictive qui prend ses conjectures pour des vérités révélées. Ce n’était pas là un éloge de la bêtise tant s’en faut… rassurez-vous.

 

 

Langue française chérie à ta santé !

Langue éternelle de ma jeunesse,

N’utilise pas tes mots,

Tes lettres de noblesse,

Pour te faire maîtresse de l’orgueil funeste,

Des prétendus maîtres ès lettres.

Les ânes savants qui ne sont pas poètes,

Les pédants que rien n’arrête,

Les gens sérieux, au sérieux malhonnête.

Ne prête mots à tous ces briseurs esthètes,

De nos fougueux rêves en fête.

Ne prête pas ton éclat si honnête,

A tous ces emmerdeurs qui de ta richesse se délectent,

Pour flatter leur vanité et leurs desseins abjects. 

Ton infinie complexité, déroule-la pour nous éclairer.

Déroule-la pour apaiser nos maux, nos carences. 

Simplifie nos vies d’excitées de toutes tes nuances.

Et que le vrai talent, coule, coule comme un torrent d’encre,

Une cataracte de vertu, pour enfin recouvrer la vue.

Recouvrir nos péchés imbéciles d’un voile si subtil.

Langue de mon bonheur, langue de mon cœur

Jamais tu ne meurs.

Fais briller fort ton ardeur.

Guéris mes aigreurs, redessine mon sourire,

Jusqu’à me faire mourir de rire.

Aide-moi à partir pour le plus beau des voyages.

Que je ne prenne plus ombrage,

De tous ces ombrageux pince-sans-rire.

De toutes les peurs insensées préserve-moi à jamais.

Bénie sois-tu belle muse, toi qui sèches mes pleurs,

Par tes accords et tes désaccords rieurs.

C’est la bonne heure, et j’ai l’heur de lever mon verre

Pour trinquer cette bonne bière,

A ta santé langue de Molière,

A ta santé langue chérie !

 Remarque : la formule « maîtres ès lettres » ne désigne pas les professeurs ou docteur ès lettres mais simplement tous les érudits en littérature et langue française qui useraient de leurs connaissances pour s’en enorgueillir. Que les savants littéraires modestes et sympathiques ne me jettent pas la pierre… Ils ne sont évidemment pas visés.   

 

Oserais-je rêver d’un monde

Oserais-je rêver d’un monde

Un peu moins con,

Un peu moins lâche,

Un peu moins las.

Oserais-je rêver d’un monde

Où j’aurais toujours le temps

De juste prendre mon temps.

Oserais-je encore rêver d’un monde moins sale

Où aucune bombe éclatée ne couvrirait les rires aux éclats

Ceux des enfants insouciants crevés comme des rats.

Faudra-t-il pendre le dernier grand patron

Avec les tripes du dernier grand banquier

Pour que le mendiant ne désigne plus qu’un gâteau  sucré?

Combien de fois le sang devra-t-il couler ?

N’en avons-nous pas soupé de tout ravager ?

Oserais-je encore me poser ces mièvres questions ?

Ces bêtises écrites plus de mille fois.

Utopies vaines dont on a perdu la foi.

Oserais-je encore y croire rien qu’un peu ?

Beaucoup ? Passionnément ?

Jusqu’à la folie ?

Arrachant jusqu’au dernier pétale de ma fleur de vie,

Plantant jusqu’au dernier petit grain d’espoir,

Que l’ivraie étouffe comme une ancienne vérité déjà oubliée,

L’espérance est partie en vacances mais je lui colle aux fesses,

La messe n’est pas dite !

Oserais-je rêver d’un monde de conte de fées.

Où je passerais chaque seconde à t’aimer…

J’en rêve, j’en rage, j’en ris…