Le Sabbat des Sorcières.

Voici un nouvel article fort intéressant et carrément estomaquant de Miléna concernant le Sabbat et la sorcellerie…

Pour m’être un peu penché sur la question, je suis sûr que ses conclusions sont très crédibles mais je vous laisserai en juger.

Pour ma part et à l’occasion d’Halloween, je tâcherai de vous faire frissonner de plaisir avec un article sur les loups-garous… le loup est mon animal préféré et j’ai lu beaucoup de choses intéressantes sur ce sujet. Je pourrai faire le même travail sur d’autres créatures comme les vampires mais je crains de manquer cruellement de temps…

Excellente lecture !

HFS

  

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Le Sabbat des Sorcières

 

Pour continuer sur le sujet de la chasse aux sorcières, je vais à présent vous parler du Sabbat.

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Définition du Sabbat :

Voici la définition du Sabbat, selon Pierre de Lancre, protagoniste important de la chasse aux sorcières au XVIIe siècle :

« Se départir de Dieu pour adorer le Diable, et au lieu de baiser les pieds du Crucifix aux saintes assemblées de l’Eglise, baiser le derrière d’un bouc sale et puant, en cette abominable assemblée du Sabbat : au lieu de prêcher la vertu, prêcher toute sorte de vice, d’irréligion, d’impiété et d’imposture. »

« Danser indécemment, festiner ardemment, s’accoupler diaboliquement, sodomiser exécrablement, blasphémer scandaleusement, se venger insidieusement, courir après tous désirs horribles, sales et dénaturés brutalement, tenir les crapauds, les vipères, les lézards et toute sorte de poisson précieusement ; aimer un bouc puant ardemment, le caresser amoureusement, s’accointer et s’accoupler avec lui horriblement et impudemment : ne sont-ce pas des traits déréglés d’une légèreté non pareille, et d’une inconstance exécrable, qui ne se peuvent expier par autre feu que par celui que la justice divine a logé en enfer ? ».

Pierre de Lancre, Tableau de l’inconstance, édition de 1613.

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Qui était Pierre de Lancre ?

Pierre de Lancre fut conseiller au parlement de Bordeaux. Il était chargé de la répression de la Sorcellerie dans Le Labourd, au Pays Basque. Pour citer Rolland Villeneuve : de Lancre, investi d’un pouvoir absolu de vie et de mort, fanatique et voyeur, esprit curieux et crédule à l’extrême, a mené des enquêtes impitoyables, consigné comme vérité tous les aveux arrachés (par la torture) aux condamnés, écouté avidement les récits des « sorcières » et a purifié les âmes en brûlant les corps.

 

A combien de victimes a-t-il fait expier leurs crimes sur le bûcher ?

 

Nul ne pourrait citer de chiffres exacts, mais il semblerait que plus de 400 personnes ait été interrogés, et au moins une centaine exécutés.

Si je le cite, c’est parce que sa définition du Sabbat est représentative des croyances de l’époque et du zèle des magistrats à purger la France des suppôts de Satan. Néanmoins, je tenais à préciser que de Lancre s’est montré tout particulièrement fanatique et cruel dans sa mission. Tous les magistrats ne furent évidemment pas si enragés. Malgré tout, ses propos concernant le déroulement d’un Sabbat, bien qu’imagés, sont plutôt fidèles à la « réalité ». J’entends par là que c’était ainsi que le peuple et les juges se représentaient la cérémonie du Sabbat.

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Qu’est-ce que le Sabbat ?

Lors de la « Grande Chasse », les condamnés à mort pour sorcellerie l’étaient surtout pour avoir participé à des Sabbats. Selon les démonologues célèbres et les magistrats, le Sabbat consistait en une cérémonie rituelle où se rendait les sorcières afin d’adorer et de rendre des comptes au Diable. Les sorcières, ayant renoncé à leurs vœux de baptêmes, vendues leurs âmes (en échange de pouvoirs et de la réalisation de leurs désirs) ; devaient régulièrement se réunir dans des messes noires.

 

Selon les aveux des accusés, cela se passait souvent dans des lieux cachés, à l’abri des regards et bien entendu de nuit. Parmi les lieux les plus souvent cités se trouvaient : des bois, des montagnes, d’anciens lieux de cultes druidiques, des places de villages, des ponts, le parvis des églises, de vieilles demeures, des cimetières, des plages.

 

 

Selon de Lancre, Satan aurait une prédilection pour le jeudi, à l’instar des grandes veilles de fêtes. Le Sabbat commencerait « lorsque les plus noirs rideaux de la nuit sont tirés », donc à Minuit, bien que Midi soit également propice aux « pires tentations ».

 

Selon les propos de chacun, les sorcières pouvaient se rendre au Sabbat corporellement ou en songes. C’est de là que vient l’image de la sorcière sur son balai. Une majorité de femmes s’y rendrait en en enfourchant un, après l’avoir enduit d’une poudre ou d’un onguent magique. D’autres objets sont cités comme des bâtons, des cornes de bouc ou des crânes d’équidés. Concernant l’onguent magique dont elles étaient censées s’enduire la paume des mains, les dessous des pieds et les parties intimes ; la composition changeait en fonction des régions. De Nynauld, médecin du XVIIe siècle, auteur de « De la Lycanthropie, Transformation et Extase des sorciers » décrivait trois sortes d’onguents :

  • Qui faisait croire aux sorcières qu’elles se rendaient au Sabbat, mais agissait en fait sur l’imagination.

 

  • Qui transportait effectivement au Sabbat, autant que Dieu le permettait.

 

  • Qui donnait aux sorcières l’illusion d’une métamorphose animale.

 

Selon les démonologues célèbres (Boguet, Spinellus, Binsfeld), chez les sorciers confirmés, la seule envie de participer au Sabbat suffisait pour s’y croire transporté. Ils estimaient que ceux qui s’étaient depuis longtemps rangés sous la domination satanique avaient l’autorisation spéciale d’assister en rêve au Sabbat, sans devoir s’y rendre corporellement.  C’était donc une affaire d’ « ancienneté » !

Les sorcières pouvaient également compter sur leur familier (animal dévoué à la sorcière, cadeau du Diable, qu’elles allaitaient grâce à leur  marque du Diable et qui leur parlaient) pour les rappeler à l’ordre. Satan n’aimait pas les retardataires et infligeait des punitions.

Toutes sortes de moyens de locomotion ont été avoués : téléportation, métamorphose animale, accompagnement par un démon incube ou succube, par un homme  en noir, à dos de crapaud, de serpent, de loups… mon préféré, à ce jour indétrônable, à cheval sur un crabe (celui-ci ayant été avoué à notre « ami » Pierre de Lancre).

Le déplacement au Sabbat par la voie des songes semble presque possible au vu des inepties consignées dans les registres des juges. Et après tout, pourquoi ne pas penser que certaines plantes, drogues ou potions aient pu avoir un effet hallucinogène sur les esprits ? Dans le nombre des tuées, en effet, plusieurs femmes étaient persuadées de leur contrat avec le Diable et de leurs participations régulières au Sabbat.

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Que se passait-il lors d’un Sabbat ?

 

Remarque : il faut préciser que même au Sabbat, la hiérarchie sociale reste importante. Il ne faut pas mélanger les nobles et les manants ! Tous participaient au Sabbat, bien entendu, mais chacun de son côté. Il est d’ailleurs étonnant de constater que la classe des aristocrates était favorisée lors de la participation à la cérémonie, car ils étaient placés plus près de Satan, et possédaient des pouvoirs  plus puissants.

 

Satan, assis sur son trône à haut dossier, attendait de recevoir les hommages de ses adorateurs, ce qui consistait à lui embrasser le bas du dos (reins, fesses, anus ?), ou la verge. Cette embrassade étant une moquerie du baiser de paix chez les chrétiens (chevalerie), une inversion. Pour les néophytes, il s’agissait du moment où ils abjuraient leurs sacrements catholiques, se faisaient apposer la marque (le punctum diabolicum) et signaient leurs pactes.

Il pouvait prendre différentes formes, telles que hybride (mi-homme, mi-animal), animal (bouc de préférence, chien noir, bœuf, corbeau..), mais aussi sous l’apparence d’un homme au visage rougeoyant.

Dans un second temps, il fallait donner le compte rendu de ses méfaits, les sorcières et sorciers décrivant leurs actions contre les hommes, le bétail, les récoltes. Ils avaient d’ailleurs tout intérêt à être zélés car Satan punissait le manque d’efficacité et le relâchement de leur enthousiasme. Après cela, c’était le moment des échanges de recettes, de l’initiation des nouveaux adeptes aux secrets des philtres et des potions empoisonnées.

Enfin, la Messe Noire débutait. Une parodie de l’office catholique afin d’entraîner plus profondément l’assistance vers la damnation éternelle : signes de croix de la main gauche, prières blasphématoires, hostie noire, breuvage sacrilège (le corps et le sang du démon en lieu et place du corps et du sang du Christ).

Puis se déroulait le Festin, constitué soit de mets succulents et de vins délectables, soit de viandes infectes et de breuvages immondes, selon la région où cela se passait. En tout cas, qu’importe la région, partout et en tout lieu, il était une constance de dire qu’aucun aliment ne contenait de sel. En effet, le sel était proscris par le Diable, car représentatif du baptême catholique. Nombre de « témoignages » décrivaient des actes de cannibalisme, ainsi que des sacrifices rituels d’enfants et de nouveau-nés non encore baptisés.

Par la suite, les participants s’adonnaient à des danses frénétiques, des sarabandes infernales, de préférence complètement nus. Les rythmes auraient été si violents qu’ils pouvaient être entendus par les populations apeurées. 

Finalement, les adorateurs de Satan copulaient entre eux, mais aussi et surtout avec leur maître. Le membre viril du Diable étant fréquemment décrit par les sorcières et les sorciers lors de leurs interrogatoires, comme fait d’écailles, de piquants, ou à la fois de chair et de métal. Pour les uns, l’acte sexuel avec Satan leur procurait un plaisir extrême, mais plus fréquentes sont les descriptions  d’un « horrible et merveilleux tourment », et donc de souffrances physiques. Voici la liste non-exhaustive des pratiques sexuelles encouragées au Sabbat : inceste, adultère, viol, sodomie, homosexualité, pédophilie.

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Conclusion :

Je vais à présent vous donner mon explication au phénomène du Sabbat , et pour ce faire, je vais citer un long paragraphe de Rolland Villeneuve ; auteur de « Le fléau des sorciers, histoire de la diablerie basque au XVIIe siècle », livre auquel je me suis beaucoup référé pour écrire cet article .

Il cite les dires d’un humaniste espagnol, Pedro de Valencia, qui propose une théorie sur l’existence des Sabbats, qui me semble tout à fait cohérente et à laquelle j’adhère.

« Analysant les événements qui entourèrent l’autodafé de Logroño, il suggérait que les assemblées orgiaques de Zugarramurdi avaient certainement bel et bien existé en tant que ramassis de gens vicieux, désireux de forniquer, et de commettre adultères et sodomie, et qu’ils ont inventé ces réunions et ces mystères maudits où le plus coquin d’entre eux feint d’être Satan et compose ce personnage cornu aux vêtements horriblement sales et obscènes dont on parle. »

Rolland Villeneuve poursuit : « La répétition fréquente d’un comportement sexuel destiné à satisfaire un nombre d’individus assez considérable incite, en effet, à penser que le prétendu Diable se servait d’un instrument artificiel, d’un olisbos de cuir, bois ou métal, aussi rigide que froid. Cela expliquerait la croyance populaire envers les innombrables prouesses du Démon, les pertes de sang des sorcières qui souvent revenaient vierges du Sabbat, et l’impression ressentie par certains sorciers d’être transpercés par un pieu ou par une pique. Ajoutons enfin que les personnages masqués auxquels il est souvent fait allusion dans les procès de sorcellerie : prêtres dévoyés, amateurs de fruits verts, fétichistes du viol, ne se souciaient guère de souiller des enfants impubères : qui eût seulement osé braver le ridicule en prenant la défense de paysannes misérables ou de jeunes mendiants ? »

Mais encore « sous l’appellation ingénieuse de sorciers, beaucoup moins déplaisantes que celles de sodomites, incestueux ou bestiaires, seront désormais rangés les dévoyés sexuels, ainsi que tous les contempteurs de la morale en vigueur. Du même coup se trouveront sauvegardés l’honneur de certaines familles nobles ou bourgeoises et la considération susceptible de les entourer. On agira exactement de la même façon lors de l’affaire des Poisons : l’évocation du Diable servira à dissimuler à la connaissance du public les exécrables forfaits accomplis par une poignée de criminels et d’empoisonneuses à la solde de la plus haute aristocratie ».

En conséquence, mon idée sur le Sabbat présuppose l’existence au sein de l’Elite, de plusieurs « sectes sataniques » ou en tout cas avec des pratiques de cette ordre. Comme le soutient Villeneuve et Valencia, il est probable que de riches familles nobles ainsi que des magistrats influents faisaient partis de sociétés secrètes… et que lesdites personnes pratiquaient, en des lieux secrets, des cérémonies de magie noire.

Ces cérémonies comprenant des actes immondes, tant au plan sexuel que moral, tels que: pédophilie, sacrifices rituels d’enfants, cannibalisme, afin de complaire au « maître de ce monde » comme nous dit la tradition. 

Je suppute que le Sabbat en tant que tel, existait bel et bien. Cela ne concernait pas la couche la plus basse de la population, mais les puissants. Il est possible que pour se protéger de la colère populaire inévitable, ils ont créé artificiellement un climat de panique général. Climat de tension extrême au sein des communautés villageoises, faisant se massacrer les pauvres gens entre eux. Ainsi, ils pouvaient continuer leurs terribles pratiques dans l’ombre, et se féliciter d’avoir utilisé la piété autant que la peur des gens à leur avantage.

 

Mes spéculations sont lourdes, sont dures mais il y a tout de même de très fortes présomptions.

 

Voilà je vous dis peut-être à bientôt pour un nouvel article.

Miléna.

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Bonus :