La fin justifie les moyens (2).

Comme promis voici l’histoire complète de mon exercice « la fin justifie les moyens »

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 L’histoire complète :

 Début en italique: 

Au village du Vieux-rocher couraient d’étranges rumeurs… mais il ne fallait pas en trop parler car personne ne prenait ça très au sérieux. Pourtant tout le monde semblait impressionné, que dis-je, glacé de peur par cette histoire. Cette histoire la voici :

 

Tout près du village du Vieux-rocher, il y avait une vieille chapelle presque en ruines et un très vieux cimetière. Derrière se trouvait la forêt épaisse et inquiétante. On racontait déjà qu’il n’était pas très bon de s’aventurer trop près du vieux cimetière la nuit tombée…Au risque d’y croiser quelques spectres bizarres. On disait que des cris et des pleurs dans la vieille chapelle se faisaient entendre. Peut-être que les murs y étaient imprégnés de souvenirs heureux ou malheureux. Mystérieux me direz-vous, sans doute mais ce n’était pas ça qui effrayait horriblement les villageois. Le vrai, le grand mystère se trouvait dans l’épaisse forêt derrière le cimetière. On prétendait que celle-ci fut maudite depuis qu’un groupe chevronné de chasseurs y avait disparu sans laisser de traces. Tout ceux qui s’y aventuraient, certifiaient qu’il y avait bien quelque chose de bizarre et en ressortaient marqués à jamais. Il y avait en outre eu depuis d’autres disparitions et  personne n’osaient plus y mettre les pieds. Les spéculations vont toujours bon train dans ce genre d’affaires. Tout le monde avait sa théorie: un monstre type loup-garou, des enlèvements extraterrestres, une sorcière,   un démon, le diable lui-même etc. Pourtant les rumeurs sur la forêt allèrent si loin dans l’imagination et le ridicule que plus personne ne prit cette affaire au sérieux. Malgré tout la peur était là et bien là. Les chasseurs et les autres disparus avaient vécu « quelque-chose » et on ne savait pas quoi. On ne voulait surtout pas savoir quoi. C’était sans compter notre ami Léon le Bon, écrivain, philosophe et grand amateur de paranormal. Il s’était retiré au village du Vieux-rocher pour trouver l’inspiration. Il vivait dans un vieux manoir, écrivait presque toute la journée près de sa cheminée en buvant des cafés et parfois du whisky. Léon était passionné par cette forêt « maudite », il avait là matière à écrire une grande histoire. Ce n’est pas l’imagination qui lui manquait mais il avait le souci du détail et du réalisme.  Un désir irrépressible d’aller voir de lui-même ce qui se tramait dans cette forêt le hantait. Comment écrire une histoire digne de ce nom sans savoir ce qui avait fait disparaître les chasseurs et tous les autres. 

Un jour au petit matin, Léon se décida, il prit sa canne-épée, son chapeau de montagnard, son sac à dos avec son bloc-notes, un crayon et quelques provisions.

Arrivé près du cimetière, il ressentit un frisson allait-il franchir le pas. Bien sûr que oui, l’envie était si forte…

Il entra dans le bois sombre par un petit sentier…

 

Suite corrigé :

La forêt paraissait très calme. Trop calme. Il y avait de grands arbres touffus aux racines entremêlées comme des serpents, des haies abondantes, des herbes foisonnantes de toutes sortes et diverses mousses. Léon quitta le sentier pour s’enfoncer dans une espèce de brousse inquiétante. Il marchait, marchait, marchait d’un pas lent mais déterminé en regardant  partout autour de lui. Il n’y avait rien mais vraiment rien ! Pas un bruit d’oiseau, pas un insecte, juste le clairon du vent qui sifflait entre les branchages. Cette forêt n’était pas commune, la Nature n’est jamais aussi muette d’ordinaire ! Léon marcha sans y prendre garde sûrement bien des heures avant de trouver une sorte de mégalithe perdu au milieu de nulle part. Il s’en approchait et il ne put s’empêcher de poser sa main dessus. De toucher cette pierre taillée remontant à la nuit des âges.

Là en ce faisant, il sentit un frisson et une énergie incroyable lui parcourir le corps entier. Qu’était-ce ? On aurait dit un courant électrique ! Et qui avait bien pu placer cette vieille pierre ? Une civilisation inconnue ? Il nota tout sur son bloc-notes. Alors qu’il griffonnait un bruit de craquements se fit entendre comme si quelqu’un arrivait d’un pas alerte mais il ne vit rien. Soudain le mégalithe se mit à trembler, ou plutôt à vibrer et il dégagea une intense lumière verte. Léon pris par surprise, se protégea les yeux. Quand le calme fut revenu, il se rendit compte à sa grande stupéfaction qu’il ne se trouvait plus dans la forêt mais dans une sorte de beau jardin public. Un homme semblait l’attendre sur un banc un livre à la main près d’un grand pommier.  Il voulut prendre des notes mais prit conscience que tout son matériel s’était envolé. A défaut d’autre chose il alla prendre place à côté du curieux type au livre et esquissa un très timide « Mais où suis-je ?». L’homme ferma son livre d’un coup sec et dit :

-Vous n’êtes nulle part !

-Nulle part ?!

-Parfaitement !

-Je ne comprends pas, j’étais dans cette forêt…

– Ça je le sais bien, c’est moi qui vous ai amené ici.

-Mais où sommes-nous ?

-Nulle part, j’ai créé cet endroit pour vous accueillir, il s’en retournera au néant dès que nous l’aurons quitté!

-Mais qui êtes-vous ?

-Cela serait trop long à raconter, et vous n’y comprendriez pas grand-chose alors pour vous je serai juste l’homme au livre.

-Que contient votre livre ?

-Celui-ci (il montre son livre à Léon)… il contient ce que vous avez envie de savoir ?

-J’ai peur de ne pas bien comprendre.

-Je suis l’homme au livre car je vous livre le secret et que ce secret vous délivre. Vous êtes tous obsédés par cette forêt « maudite » comme vous dites, vous voulez savoir ce qui s’y passe…mais vous semblez ignorer que tous les curieux n’y sont point revenus !

-Vous le savez, vous ? Ce qui s’y passe !

-Bien sûr, c’est dans mon livre !

-Puis-je le voir !

-Vous êtes ici pour ça voyons.

Léon s’empara du livre et le feuilleta à vive allure. Il n’en crut pas ses yeux… toutes les pages étaient blanches. Il s’emporta :

-Mais il n’y a rien dans ce fichu bouquin!!!!

-Ha ha ha ha, pauvre ignorant, rien dites-vous ?

-Oui rien !!! Zéro, nada, peau de balle !!! Le désert du Nevada !!! Aussi blanc qu’un cul de nonne !

-Pourquoi tous ces hommes ont-ils disparu mon cher ami, s’il n’y a rien dans mon livre ?

-Mais enfin toutes ces pages, elles sont…

-Vides !

-Oui, vides !

-Vous ne saisissez pas bien mon cher Léon à quel point le vide est bien rempli !

-Couillonnades ! Que voulez-vous donc dire pitre?! Et vous connaissez mon nom en plus?

(L’homme au livre inclina la tête et esquissa un rictus).

-Ce qui est invisible, vous l’appelez vide, rien, néant ! Vous ignorez que d’autres réalités puissent exister.

-La clef du mystère serait une autre réalité ? Vous me refaites le coup de la quatrième dimension ! Bon Dieu mais quelle espèce de cochonnerie ai-je prise pour me retrouver coincé dans un tel délire ?!

-Vous n’avez rien pris du tout ! Ecoutez donc :

Cette forêt est un carrefour et une frontière entre les mondes. Les Anciens le savaient pertinemment car ils étaient plus proches de certaines entités dirons-nous. Pour votre information, il existe bien des lieux comme celui-ci où l’on peut changer de réalité et voyager dans les mondes subtils… mais il fut un temps où l’on respectait le pouvoir de ces lieux et seuls les vrais initiés, les grands sages, se rendaient de l’autre côté.

-Vous voulez dire l’au-delà ? Et quelles entités bon sang de bois !

-Que vous parliez d’au-delà, d’anges, de démons, d’extra-terrestres, de dieux. Le nom importe peu, sachez seulement cher Léon que vous ne connaissez pas le centième de ce qui constitue l’existence.

-Diable de diable, c’est un vrai pandémonium ! Où sont passés les disparus ? Les chasseurs et tous les autres ? Là-bas avec ces créa…euh ces machins ?!!! Et encore une chose, par tous les saints du Ciel, comment connaissez-vous mon nom ?!!!

-Ils ont franchi la frontière qui sépare ce monde de l’Infini. Quant à vous je vous connais mieux que vous-même, ne me demandez plus pourquoi ! Ce qui a dû m’être révélé, l’a été par les autorités compétentes !

 -Les autorités compétentes ??? Divines quoi, si j’ai bien suivi ??? Bon ça ne fait rien, ce n’est pas ce qui m’occupe pour l’heure ! Puis-je les retrouver ? Les disparus !

-Croyez-vous qu’ils aient la possibilité de revenir ? Si vous franchissez la frontière, vous ne pourrez plus retrouver ce monde si aisément. Vous entrerez dans un véritable dédale.

-Ne puis-je pas avoir un fil d’Ariane ?

-Vous vous croyez dans un mythe ? Je vous ai amené ici pour vous délivrer de votre obsession comme j’ai tenté de le faire pour tous les autres malheureux mais… vous êtes tous les mêmes. Au lieu de rebrousser chemin  et de regagner paisiblement votre monde, vous désirez voir et pénétrer les arcanes des autres réalités. Pas par conviction, juste par curiosité malsaine. Quand je vous ramènerai auprès de la pierre des Anciens, vous continuerez vous aussi à vous enliser vers l’Infini.

-Où est la limite ultime ? Celle à ne jamais franchir ?

-La pierre des Anciens apparaît aux promeneurs imprudents pour leur signifier de rebrousser chemin.

-Ce n’est pas très explicite !

-Si ça l’est puisque j’interviens à ce moment même.

-Autrement dit, si je continue plus loin que cette pierre je ne pourrais plus revenir ?

-Oh non, il y a deux autres paliers, deux autres avertissements avant d’arriver à la véritable frontière. Ils ont été placés juste pour vous tenter. Vous vous dites que  vous pouvez bien encore un peu avancer, pour en savoir plus. Puis là vous vous sentirez dans le même état d’enivrement qu’avant d’entrer dans la forêt. Vous aurez peur, mais vous voudrez tout de même savoir. Votre peur sera  vite dissipée par maints espoirs placés dans les autres réalités. Sont-elles plus belles, plus merveilleuses, conduisent-elles au Ciel ? Une fois arrivé à l’extrême limite, l’enivrement deviendra irrésistible. Entendez-moi bien Léon, irrésistible.

-Y conduisent-elles vraiment ? Au Ciel, je veux dire.

-Oui !

-Alors pourquoi diable rebrousser chemin ?

-Parce que vous n’y êtes pas préparé et que vous finirez perdu au diable Vauvert, vous qui en parliez. Il y a d’autres moyens plus sûrs et plus conventionnels pour y parvenir…

-Y entrer après notre mort ?

– Oui, vous y serez tous projetés dans l’Infini mais pour le Ciel seuls ceux y étant dignes,  y auront accès.

-Et les autres ?

-Ils retourneront ici ou se perdront dans les réalités alternatives…elles seront pour eux des limbes et ils erreront sans but comme des spectres.

-Eternellement ?

-Rien n’est éternel hormis ce qu’on appelle précisément Ciel car là-bas est la source. Par source j’entends celui que vous appelez Dieu. C’est là que tout doit converger au temps de l’Unité finale. Néanmoins j’ignore quand ce temps-là sera venu. Tout ne m’a pas été révélé à moi non plus, je ne suis qu’un messager. Je déconseille vivement aux simples Hommes de se perdre dans les limbes. Ce n’est pas l’Enfer dantesque éternel et caricatural de vos dogmes humains mais ça peut y ressembler. Justement à cause de toutes les abominations qui vous polluent l’âme.

-Sibyllin que tout cela ! Que voulez-vous dire ?

-L’au-delà comme vous dites ressemble à des espèces de ténèbres au milieu desquelles brille le Ciel de tout son éclat comme la plus puissante des étoiles. Autour de lui une infinité de réalités gravitent comme des papillons autour d’un lampadaire. Si vous n’êtes pas assez bon ces réalités vous happent et vous enferment dans leur bulle. Il y a pire encore, vous pouvez aussi tisser votre propre réalité infernale et vous emprisonner vous-même dans votre propre cauchemar. Cela doit dépendre de l’état de votre âme. Comprenez-vous ?

-Oui, je crois comprendre. Vouloir précipiter son entrée dans l’Infini serait comme vouloir dévaler la plus tortueuse des pistes noires avant même de savoir skier.

-Curieuse comparaison mais ça y ressemble en bien moins pire.

-A quoi ressemblent les deux autres paliers.

 -Vous n’avez donc rien compris ! Il n’est pas besoin d’aller plus loin.

-Je ne franchirai jamais la dernière limite…je désire juste trouver l’inspiration.

-Que vous dites, trouvez-la ailleurs votre inspiration mais c’est d’accord… je vais vous le dire. Quand vous continuerez à avancer vous tomberez sur une sorte de grande place circulaire ayant en son centre l’arbre vénérable. C’est un arbre que vous saurez à coup sûr reconnaître car vous n’en avez point encore vu de pareil. Il symbolise par sa longévité plus grande que celle de l’olivier, l’Infini. Le cercle qui l’entoure symbolise le cadran circulaire d’une montre géante, mais lui, l’arbre, est au centre de la sphère. C’est-à-dire qu’il est parfaitement immobile, il n’est plus soumis au temps qui passe. Vous aussi en continuant vous allez peu à peu sortir du temps…mais sans y être préparé. Vous allez vivre un choc terrible mais je parle dans le vide…vous entendez mais n’écoutez point !

-Très bien et la dernière limite ?

-Qu’est-ce que je disais…

Bon, sorti du cercle vous marcherez suivant des orbes violettes… ces orbes iront se jeter dans un mur magique immense d’eau violette luminescente. Un mur ondulant comme un immense rideau au théâtre… il symbolise l’extrême limite. Le violet est la dernière couleur visible de l’arc-en-ciel et comme vous êtes sur le point de plonger dans l’inconnu quoi de plus naturel qu’un liquide. La ressemblance avec le rideau n’est pas innocente vous irez voir dans les coulisses de l’existence. Appréciez le lyrisme des symboles et réfléchissez bien avant de tirer le voile.

-Je m’en souviendrai.

-Souvenez-vous surtout qu’il ne faut en aucun cas franchir cette limite !

-Je m’en souviendrai !

-Fichtre, vous l’avez déjà oublié !

Je vais vous demander de fermer les yeux désormais, je vous ramène… mon message a été livré. Vous êtes seul maître de votre destin et je n’y puis rien changer.

 

Léon ferma les yeux et se sentit comme tomber dans un puits très profond. Au bout d’un moment sa chute semblait terminée, il rouvrit les yeux. Il se trouvait dans la forêt au pied du mégalithe. Il se releva d’un bond et continua d’avancer machinalement en laissant tout son matériel en plan. Son pas était cette fois-ci plus vif. Il marcha, marcha, marcha très promptement perdant petit à petit la notion du temps et jusqu’à tomber sur l’endroit décrit par ce sibyllin homme au livre. Là, il vit l’arbre vénérable dans toute sa majesté. Il était magnifique, époustouflant, merveilleux, touchant. Il brillait comme de l’or pur alchimique et ses feuilles comme l’émeraude taillée. On aurait dit qu’il était symétrique, dessiné de la main de Dieu tout au nombre d’or. Léon pensa comment ne pas continuer ? C’est tellement incroyable ! Il n’avait jamais rien vécu de si excitant. Oh et soudain il aperçut les orbes violettes se déplacer comme des libellules. Il en oubliait déjà la perfection insolite de l’arbre vénérable et courut comme un dératé poursuivre les orbes. Il ne pensait à plus rien, il était comme fou. Il chauffait le cuir de ses chaussures n’ayant d’yeux que pour les orbes. Il courut, courut, courut à s’en déchirer les ligaments jusqu’à atteindre la fameuse « dernière limite ».

A ce point il stoppa net et un frisson le saisit à nouveau. Il était là devant ses yeux ce rideau fantastique d’eau violacée… et il brillait encore plus fort que l’arbre vénérable. Léon tomba à genoux et pleura comme un enfant. Il demanda grâce à Dieu de lui donner la force de détourner son regard et de s’en retourner chez lui au village du Vieux-rocher. Il n’aurait pas cru que la tentation serait à ce point irrésistible comme disait l’autre. Il était comme possédé il ne pouvait plus fermer ses paupières ni tourner la tête. Il arrivait seulement à bouger les membres et à rouler de l’œil. Il savait qu’il n’avait pas le droit de franchir le pas, que les conséquences seraient dévastatrices mais il était sous un charme inextricable et il sentait qu’il aller plonger d’une seconde à l’autre. Il pria plus fort et sentit dans sa poche son crayon. Etrange, il croyait l’avoir laissé gisant près du mégalithe. Il ne tarda pas à comprendre qui l’avait remis dans sa poche et ce qu’il devait en faire… c’était inévitable et cela lui servirait de châtiment. Il s’en saisit pour se crever les yeux, seule une cécité totale pouvait le désenvoûter. Il hurla de douleur et tomba en pâmoison.

Là perdu dans son coma, il se retrouva en face de l’océan sur la plage et vit en haut d’une dune cet énigmatique homme au livre sur son banc. Il courut dans le sable fin pour le rejoindre. Arrivé à son chevet, il scanda :

-Suis-je mort ?

-Non, vous êtes seulement évanoui ! La douleur vous a fait perdre connaissance.

-Ne suis-je pas aveugle ?

-Pas ici car c’est votre esprit qui me voit…mais j’ai bien peur que dans votre réalité…vous ne puissiez jamais recouvrer la vue. Dans votre frénésie, vous n’y êtes pas allé de main morte !

-Rhaaaaaa, bon sang,  j’aurais dû franchir la dernière limite. J’aurais dû y aller dans ce lointain… j’irai à mon réveil, j’y foncerai tout droit même aveugle.

-Au contraire ne faites pas ça. Vous avez bien fait, je vous croyais déjà perdu dans les abysses des limbes.

-Mais je serai aveugle désormais.

-Cela vaut mieux. Vous n’avez pas la plus petite idée de la terreur qu’on éprouve enfermé dans une réalité de désolation. C’est un cauchemar qui dure, dure, dure, dure et dure encore ! Vous auriez préféré voir ça ! En passant la frontière vous allez vous punir deux fois, retournez au village !

– Mais comment puis-je revenir sur mes pas ?!!!!! C’est impossible, j’ai dû parcourir tant de kilomètres… je suis mort de toute façon. Je vais mourir au milieu de cette forêt de malheur alors gardez-moi auprès de vous sur cette plage, en face de cet océan jusqu’à ce que mon corps là-bas ait poussé son dernier souffle.

-Je ne puis faire ça, nous sommes ici dans une réalité que j’ai créée pour vous reparler. Elle peut à tout moment se délabrer, si nous y restons trop longtemps…l’atmosphère paisible risque de tourner. D’ailleurs vos émotions négatives ont commencé leurs œuvres macabres… regardez donc vers le large.

Léon en regardant vers le grand large vit apparaître d’immenses tentacules sortant de l’eau. On aurait dit qu’une créature titanesque s’agitait. Léon trembla et demanda :

-Mais qu’est-ce donc que ces saletés?!

-Allons calmez-vous Léon, vous êtes en train de modifier cette réalité. Calmez-vous ou vous allez amèrement regretter d’avoir lu si assidûment tout Lovecraft. 

(De gros serpents noirs aux yeux rouges sortaient du sable)

-C’est moi qui fait ça ?! Il faut m’aider ! Aidez-moi, aidez-moi, AIDEZ-MOI. BON SANG !!!!!

 -Allons du calme, détendez-vous…ou vous allez faire débarquer toutes les créatures du Necromicon.

-Saletés de bestioles !!!! ARRIERE !!!

(Les serpents se rassemblèrent pour former une espèce de sangsue immense et hideuse ayant une myriade d’yeux rougeoyants… la créature bavait et suintait d’une substance nauséabonde complètement violacée…elle poussait des cris d’orfraie à glacer le sang.)

-Mon Dieu mais quelle satanée horreur ! DECAMPE FOUTUE MOCHETE !

– LEON ALLEZ-VOUS ARRETER CELA !!!!!

-Je ne peux pas mes nerfs lâchent ! J’AI LES FOIS MÔSIEUR AU LIVRE !!!!!

(L’océan devint une infini marre de sang et une vague gargantuesque à l’horizon se formait).

-Bon sang Léon, regardez donc vers l’océan, la vague de la désolation nous arrive droit dessus !!! Cette mer sanguinolente est faite de larmes ! Elle va nous engloutir et nous décupler ce fichu ver. Cette créature c’est votre terreur, si elle vous terrasse, vous serez doublement prisonnier ! Et qui sait ce que votre esprit débauché pourra bien nous inventer… à chaque vice sa chaîne ! Sortez-nous de là !

(Léon devenait plus palot que Blanche Neige dans son tombeau).

Par pitié ressaisissez-vous, vous êtes blanc comme un œuf et il nous reste peut-être une trentaine de secondes !!!

-J’essaie ! ET NE ME COMPAREZ PLUS A UN ŒUF ! Ma coupe est pleine !

-Essayez mieux ! Au lieu de faire la poule mouillée !

-Je lutte de toutes mes forces! Alors arrêtez de jouer les renards !

-ALORS POURQUOI CETTE VAGUE NE CESSE DE GRANDIR, NOM D’UNE  PIPE EN BOIS?!!!

-Demandez-lui quand elle sera arrivée! Comme ça vous serez mis au courant !

-Bien très bien un brin l’humour, continuez Léon, continuez !

Léon reprit peu à peu son calme. La vague rapetissa en un éclair, le pourpre de l’eau vira délicatement au bleu. La sangsue géante s’égailla en une flopée de serpents qui retournèrent sous le sable fin. L’homme au livre le rassura.

– Vous voyez c’est fini…

Ecoutez, je crois que je vous aime bien Léon. Je vais vous faire un cadeau inestimable.

-Quoi comme ?

-Une seconde chance !

-Une seconde chance ?!

-Taisez-vous !!! Je n’ai jamais permis cela pour personne mais vous avez su souffrir et résister à la plus cruelle des tentations. Cette vaillance, hum appelons-la comme ça, mérite je crois, une seconde chance. Pas une de plus. Et votre léger accès de poltronnerie sur cette plage, restera entre nous ! A votre petit niveau d’homme, je vous comprends !  Prenez mon livre il vous servira.

(Léon s’exécuta)

-J’apprécie votre « petit niveau » mais j’imagine que je dois vous être reconnaissant ?!

-Vous n’imaginez même pas à quel point pauvre fou! Fermez les yeux maintenant, je vous ramène chez vous ! Et en voiture Simone !

(Léon ferma les yeux).

-Léon, s’il vous plait…

-Les yeux sont fermés, Léon mais vos lèvres bougent toujours, silence maintenant ! On a assez rigolé…

(Il est tout de même gonflé ce type au livre songea Léon)

-Je ne dis plus rien…

-SILENCE !!!!

Léon ressentit à nouveau cette sensation de chute, il se laissa tomber sans crainte. Une fois la sensation passée, il rouvrit les yeux. Il était debout à l’entrée de la forêt et du petit sentier. Il avait tout son matériel  sur lui. « Ai-je rêvé ? » se disait-il. Il allait emprunter le petit sentier pour s’engouffrer dans l’épaisse forêt lorsqu’il sentit que quelque chose de forme rectangulaire dépassait de son sac. On aurait bien dit un livre…

Léon se saisit de l’objet et il reconnut le livre qui lui avait été donné en songe. Etrangement, il se demandait encore s’il avait bien mis les pieds dans cette forêt. Il y réfléchit un moment quand il entendit un bruit de craquements. Un vieil homme venant de la forêt avançait sur le petit sentier pour revenir vers le village, quand il croisa Léon il le salua :

-Bonjour  monsieur, belle journée n’est-ce pas ?

-Bonjour… hum vous revenez de la forêt ?

-Oui, je reviens de ma petite balade de santé. J’ai eu de la chance pour une fois…  quelle journée magnifique, pas comme lors de ma dernière escapade… j’avais pataugé dans la boue sous une de ces pluies battantes. AH ma petite promenade, je n’arrive jamais à m’en priver.

-Dites-moi lors de votre balade m’aviez-vous vu ou bien juste entendu ?

-Non, je ne crois pas ?

-Y avait-il quelqu’un d’autre ?

-Je n’en ai pas eu l’impression, vous savez avec toutes ces histoires qui ose encore se promener dans cette forêt ?

-C’est vrai…hum et vous…hum avez-vous vu des choses hum comment dire…étranges ?

-Dans la forêt ?

-Oui.

-A vrai dire je n’ai jamais fait attention.

-Avez-vous vu le mégalithe des Anciens, l’arbre vénérable… et… hum non…

-Je ne sais pas ce qu’on a bien pu vous raconter mais il n’y a rien dans cette forêt. C’est une forêt voilà tout…ce qui est vraiment curieux c’est qu’il y ait si peu de champignons ! Fichus pollueurs ! Ils vous torpillent mère Nature.

-Et les disparitions ?

-Pouah les chasseurs des alcooliques et les autres une bande de jeunes hippies drogués à je ne sais quoi… ils ont dû se perdre je ne sais où, mourir de faim ou de froid… et puis la Nature a fait le reste… vous savez les petits asticots ! Ça vous nettoie les os jusqu’à la moelle.

-Ah ? Appétissant !

-Mais oui mais oui cher monsieur, rien d’extraordinaire dans tout cela… moi je connais cette forêt comme ma poche et je n’ai jamais été kidnappé par je ne sais quel spectre ou martien. Bon ce n’ai pas tout ça mais c’est que ça creuse les balades. Bonne journée mon petit monsieur.

-Bonne journée à vous. 

Léon ne comprenait pas comment le vieux n’avait pas pu voir les choses incroyables qu’il avait vues lui-même. Soit l’homme mentait, soit la forêt était consciente et ne révélait pas à tout un chacun ses arcanes. Il avait le livre en tout cas, il n’avait pas pu tout inventer. Il rentra chez lui se remettre de ses émotions. Il alluma un bon feu de cheminée, se servit un verre de whisky et s’affala dans son fauteuil. Sur la table était posé le livre. Léon se demandait si les pages étaient encore blanches.  Obnubilé par cette question, il avala une gorgée d’alcool et s’en saisit. Il le feuilleta attentivement, il était toujours vide… vide…et au fond de lui pourtant il imaginait à quel point ce vide d’apparat était bien rempli.

HFS.

 

En bonus: l’album très coloré ayant accompagné ma rédaction. A noter que le violet est la couleur de la spiritualité et de la magie… d’où ce choix pour mon voile mystérieux. Bonne écoute!

Pour rester dans le thème :

 

 

 

 

 

  Un petit dernier: