Faut-il tout dire ?

Voici à nouveau un charmant petit récit de Noëlle qui pose une question fort intéressante à laquelle je me permettrai de répondre moi-même de manière plus philosophique… me donnant ainsi l’occasion d’entamer ma catégorie « Histoire et sciences humaines » je rappelle que la philosophie est officiellement une science humaine même si je la considère plutôt comme un art pratique, celui de la sagesse.

Revenons à notre question, les petits malins l’ont sans doute déjà repérée en lisant le titre… mais pour les esprits distraits, je la repose sur la table en la faisant suivre du texte de notre amie Noëlle.

HFS

Faut-il tout dire? 

Nous allions passer trois semaines ensemble dans le midi de la France. Nous avions loué un petit appartement avec jardin attenant.

Il y avait fort longtemps que nous ne nous étions pas retrouvées seules toutes les deux. Au quatrième jour de notre cohabitation. Après beaucoup d’hésitations, je me décidais à lui parler. Elle fumait beaucoup, buvait trop. Sa fille et moi avions discuté de ce problème.

Elle n’osait rien lui dire. Connaissant son fort caractère, elle avait peur de sa réaction : rompre le lien mère fille.

C’était en fin d’après-midi, il faisait encore chaud, nous prenions un petit apéro sur la terrasse. Je me lançais :

Tu sais, ne le prends pas mal, mais…….je trouve que tu fumes beaucoup et…….peut-être que tu bois un peu trop, je te dis cela pour ta santé et……

La réponse fut immédiate et violente :

-La cigarette, c’est tout ce qu’il me reste, qu’on me laisse ce plaisir, j’en ai marre qu’on me dise ce que je dois faire. Et puis, tu me traites d’ivrogne ?

-Mais non, je pense que tu bois un peu trop, c’est tout, je m’inquiète pour ta santé.

Elle me coupe la parole.

-Toi, tu bouffes trop……

 -Je bouffe trop ? Tu as raison, je vais essayer de moins manger devant toi…..

La dispute fut terrible. On aurait dit deux adolescentes prêtes à se crêper le chignon.

Je voulais lui faire comprendre qu’une amie ce doit de dire la vérité. Mais quelle vérité au fait, si elle la refusait ? Je l’aime  beaucoup

Je ne veux pas qu’elle se détruise.

Je lui avais parlé, j’avais fait mon devoir. Maintenant, elle fait comme elle veut.

Je pensais ainsi, sans doute pour me donner bonne conscience. Mais, ai-je bien fait de lui parler ?

Le reste du séjour fut un peu tendu. Certains jours, par moment, nous nous retrouvions, comme avant.

Quelques mois plus tard, réunies pour un événement familial, elle fut très froide avec moi, me lançant de temps à autre de méchantes piques.

Je décidais de ne pas répondre, de faire semblant, tout allait pour le mieux. J’allais et venais parmi les autres invités, cachant ma tristesse.

Quand la fête s’est terminée, au moment des au revoir,  nous nous sommes enlacées, chaleureusement, c’était sincère.

Géographiquement nous sommes un peu éloignées, mais nous restons toujours en contact.

Ai-je eu raison de lui parler ? N’ai-je pas ouvert une blessure en vain ?

Noëlle Bellue. 

 

Je pense que Noëlle a bien fait de parler franchement à sa proche. Ayant la tendance fâcheuse à tout dire moi aussi, je me suis demandé à l’instar de Guy Béart, pourquoi celui qui dit la vérité « doit être exécuté ». J’ai donc repris telle quelle la question de Noëlle et ai planché un peu sur ce sujet crucial…je vous invite à lire mes quelques réflexions à suivre dans la catégorie « Histoire et sciences humaines » même si elles en vexeront ou troubleront sans doute plus d’un.

Pour l’heure et pour combler ce petit récit, je ne résiste pas à vous mettre en bonus la chanson de Guy Béart « la vérité ».

HFS.