Concernant le style

Je disais dans un autre article ne pas trop souscrire au concept de style car je le trouvais très subjectif. Cela veut dire que littérairement parlant on a tendance à voir du « style » chez les auteurs qui nous sont chers et à n’en point trouver chez ceux qui nous cassent les cou… hum les pieds. C’est un peu comme le talent, c’est très relatif… demandez à 100 critiques d’art de se prononcer sur une œuvre de Picasso et vous verrez.

Ceci étant dit, je n’ai nullement prétendu que le style n’existait pas ! Tout comme le talent objectif existe! Je dis que le déceler chez un auteur est incroyablement compliqué car il faudrait réussir à faire fi de nos passions, de nos préjugés, de nos croyances (et autres barrières mentales) envers lui.

De ce point de vue, il y aurait une foultitude d’éléments objectifs qui nous permettraient de distinguer très nettement la supériorité d’une œuvre de Stendhal à un article télérama ou une copie de cinquième : richesse du vocabulaire, construction syntaxique et grammaticale, thèmes abordés, enseignements philosophiques apportés, références culturelles, jeux d’intrigues, engagement politico-social, enseignements moraux, humour, enseignements historiques, honnêteté, tendresse etc. 

Cependant le vrai style, se veut encore au-delà de ça. Il serait plutôt une espèce de talent, de génie artistique intrinsèque étant notre marque de fabrique et qui nous rendrait totalement inimitable.  Totalement inimitable ! Ayant un style, ce qu’on arriverait à produire, on devrait être le seul à pouvoir le réaliser. J’ai bien dit le seul, j’insiste ! C’est presque de l’alchimie ou de la physique quantique… c’est-à-dire que ça fonctionne parce que c’est lui…cet artiste. Ça ne s’explique pas ! Un autre dans les mêmes conditions qui ferait la même chose, obtiendrait un plus piètre résultat et ce de manière systématique.

Est-ce que ce style-là existe ? Assurément mais écoutons le vieux Louis-Ferdinand Céline et reconnaissons que selon cette définition les gens en possédant un, sont aussi nombreux que ceux pouvant tirer des trente-trois tonnes avec les dents. C’est aussi pour cela que je refuse de souscrire au « style » passe-partout car je crois à ce vrai style magique et inimitable que possèdent quelques « magiciens » de la littérature, de la musique, de la peinture, du cinéma etc. Alors soyons humbles et foutons-nous de ça pauvres cancres que nous sommes…(ne prenez pas la mouche je dis ça très affectueusement et je m’y inclus).

Et si l’un d’entre nous en a vraiment un, c’est de toute manière un état d’être… il n’aura nul besoin de s’en préoccuper pour en avoir. Il a un don, qui brûle et brûlera toujours… il devra simplement faire feu de tout bois ! Ne jamais renoncer à ce don du Ciel ! Ne jamais laisser ce feu être cloisonné par les pierres de la bêtise, de la peur, du doute, de la passivité, de la lâcheté, de la médiocrité.

Si nous tâchons d’être le plus vrai et le plus profond possible, sans trop se laisser enfermer par la forme, par l’emballage, je crois qu’on sera au plus près d’acquérir ce vrai style. A l’inverse en se préoccupant à outrance de la forme, nous tomberons dans l’emphase, dans le clinquant, dans le précieux… Nous ne serons qu’un « faiseur ». Vous savez comme dans la chanson de Brel qui se moque de ces gens qui voudraient bien  avoir l’air mais qui n’ont pas l’air du tout !

Soyez vrais, faites les choses dans un bon esprit et si Dieu le veut la magie opérera.

HFS.

En bonus l’interview de Céline, personnage que je sais controversé mais qui tient tout de même une immense place dans notre littérature. Pour un avis objectif sur le bonhomme j’y ajouterai donc l’interview d’un homme que je crois sage, l’historien humaniste Henri Guillemin: